Pierre-Eric SUTTER – Psychologue du travail, psychothérapeute et Président de la Maison des éco-anxieux.

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Qu’est-ce que l’éco-anxiété ?
Avant de définir l’éco-anxiété, j’aurais envie de dire d’abord qu’il y a beaucoup de malentendus, même des idées reçues concernant l’éco-anxiété, parce que souvent on associe l’éco-anxiété à une maladie ou une maladie de gens qui seraient fragiles psychologiquement parce qu’ils seraient inquiets d’une façon irraisonnable face à la crise environnementale, alors que la crise environnementale, elle est rationnellement documentée par les scientifiques depuis 50 ans environ. Et justement, les scientifiques définissent l’éco-anxiété comme une détresse psychologique : « détresse » c’est un mal être fort face justement à cette crise environnementale. Et l’éco-anxiété, ce qu’on constate, c’est que ça ne concerne pas que quelques cas isolés, bien au contraire. L’Observatoire de l’éco-anxiété que je dirige a montré en 2023 qu’il y avait en France 2,5 millions de personnes très fortement éco-anxieuses. C’est à dire en détresse psychologique intense ; tellement intense qu’ils devraient consulter un psychologue pour que cette éco-anxiété n’évolue pas vers une psychopathologie tierce. Contrairement à l’idée reçue, ce ne sont pas les jeunes qui sont les plus touchés, tout le monde est touché par l’éco-anxiété. Ce qui, en conclusion, nous permet de dire que 2,5 millions de Français ce n’est pas rien, ça concerne tout le monde. C’est une question de santé publique, dont il faut vraiment bien se saisir, aussi bien dans sa vie privée que dans les entreprises ou dans la société en général.
Que peut-on faire pour prévenir l’éco-anxiété ?
Alors pour prévenir, l’éco-anxiété il faut agir sur 3 niveaux.
Le premier niveau, c’est le niveau cognitif, celui des pensées. Dans notre monde ultra connecté, on est assailli en permanence par des mauvaises nouvelles sur la crise environnementale d’autant plus que la psyché est faite pour attirer les mauvaises nouvelles, comme par exemple les inondations en Espagne ou les incendies en Californie. Et ces informations négatives vont provoquer des ruminations, c’est-à-dire qu’on va faire tourner en boucle ces informations négatives dans l’esprit. C’est ce qui va causer, l’éco-anxiété, qui va la déclencher. Le 2e niveau, c’est le niveau affectif, c’est à dire que, à force d’ingérer des informations anxiogènes, on augmente la charge émotionnelle, notamment la peur des catastrophes, les inquiétudes pour l’avenir. Et donc il est vraiment nécessaire de filtrer le flux d’informations négatives en les contrebalançant aussi avec des informations positives qui vont baisser cette charge émotionnelle. Et c’est hyper important pour aller mieux. De plus, ça va permettre d’atténuer les éco-stresseurs auxquels on est sensible et qui nous effraient. Par exemple, la déforestation de l’Amazonie, la chute de la biodiversité. Parce que ces éco-stresseurs accroissent l’éco-anxiété à force de venir nous perturber. Et 3ème niveau, c’est le niveau conatif, c’est à dire celui du passage à l’action. Et c’est ce niveau-là qui va véritablement diminuer l’éco-anxiété et la stopper en traitant ce qui est à l’origine des éco-stresseurs où en y contribuant. Et ce 3ème niveau, il commence par les éco-gestes : les éco-gestes, c’est comme une sorte d’entraînement au quotidien en faveur de l’environnement, et ça offre aux individus de se convaincre qu’ils peuvent agir concrètement avec le comportement à leur portée. Et ensuite, si les éco-anxieux vont plus loin, ils vont transformer ces éco-gestes en éco-projet. L’éco-projet, c’est une sorte de mission environnementale que l’on se donne, qui fait sens pour soi et par soi, en cohérence avec ses ressources internes, c’est-à-dire ses connaissances, ses compétences et surtout son pouvoir d’agir. Et par effet tache d’huile ça va accroître le périmètre de l’impact de son action, notamment en s’associant avec les autres ou avec des actions sociétales. Et petit à petit, grâce à son éco-projet, on va sortir de l’impuissance et ainsi on va prendre soin de soi en prenant soin du monde, en agissant pour l’environnement et c’est comme ça qu’on dépasse l’éco-anxiété.
Comment être aidé lorsque l’on est en situation d’éco-anxiété ?
Alors ça va dépendre du niveau d’éco-anxiété que l’on éprouve. Et comme je suis psychologue, je vais plutôt me focaliser sur l’état le plus menaçant pour la santé mentale et le mieux d’abord, c’est de faire un état des lieux de son éco-anxiété en faisant un diagnostic pour savoir à quel degré d’intensité on se situe. Comme on le fait avec un thermomètre pour la fièvre, sachant qu’une fièvre à 38° ca n’est pas la même prise en charge ou le même traitement qu’une fièvre à 41°. Et pour l’éco-anxiété, c’est pareil. Et pour faire ce diagnostic, on peut aller sur le site de la maison des éco-anxieux (www.éco-anxieux.fr) qui propose de bénéficier d’une évaluation gratuite de son niveau d’éco-anxiété. Comme ça, on se positionne. Ensuite si on a un niveau très élevé d’éco-anxiété, et c’est ceux-là qui sont prioritaires, on va pouvoir prendre un rendez-vous avec un psychologue bénévole pour qu’il confirme ce niveau d’intensité d’éco-anxiété fort et pour qu’il propose une première orientation en soin s’il y a lieu. Alors heureusement, tout le monde n’est pas éco-anxieux au point de devoir aller voir un psy. Il y a plein d’autres voies possibles pour trouver la meilleure façon d’agir en faveur de l’environnement. Il faut que ça soit en résonance avec ces ressources personnelles. Et comme le disait Saint-Exupéry en conclusion « seule l’action nous délivre de la mort » et agir de façon juste et appropriée en fonction de qui on est, sans se prendre pour un super héros, on n’est pas là pour ça, c’est le meilleur médicament contre l’éco-anxiété.
Un Positive Word pour conclure ?
En prenant soin du monde, on prend soin de soi et de ce fait on diminue son éco-anxiété et on donne une espérance à la planète.